Si la France dit « non »…

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Si la France dit « non »…
Olivier Duhamel avril 2005

Comprendre, quoi de plus nécessaire, quoi de plus difficile que de comprendre ?
A fortiori comprendre en cette froidure de début avril si le non devait l’emporter, pourquoi les Français auraient dit « non » et ce qu’il s’ensuivrait.

Pourquoi le « non » peut-il l’emporter le 29 mai en France ?
Nous ne saurons jamais exactement pourquoi.
Les historiens tenteraient inlassablement de démêler les fils enchevêtrés, visibles et invisibles, des multiples toiles d’araignées happant l’Europe.
Évoquons seulement quelques-unes de ces arthropodes, de ces araignées vénéneuses, des plus jeunes aux plus anciennes.

Au plus près, citons en vrac :

l’impopularité d’un Premier ministre qu’il eût fallu changer, les six cents m2 d’un appartement payé à un ministre des Finances promptement renvoyé, la brève révolte lycéenne contre une réforme de l’éducation pourtant vide de contenu, l’invention d’un feuilleton délirant contre le projet de directive d’un ex-Commissaire transformé en Frankenstein à la tête d’une cohorte de plombiers polonais envahissant la France, l’incapacité du Parti socialiste à parler d’une seule voix, même une fois que ses adhérents se furent démocratiquement et directement prononcés, la passion de la télévision pour les grandes mystifications spectaculaires et la gouaille audimateuse, « le sang, coco, ça paye », le long endormissement de tenants du « oui » formant une élite engoncée trop sûre de sa victoire, la persistance d’un chômage particulièrement élevé en France, j’en passe, et des pires.

En remontant un peu plus loin dans le temps, ajoutons à la liste de nos arachnides, de nos araignées le discrédit d’une Commission sans leader charismatique depuis une décennie, la tradition plébiscitaire du référendum, l’incapacité de notre système politico-médiatique à parler d’Europe, nos politiques ne s’y intéressant presque jamais et nos médiatiques décrétant paresseusement qu’elle est trop compliquée ou trop ennuyeuse, le crétinisme télévisuel qui substitue désormais le spectacle attirant les zappeurs à toute idée de culture la tradition gauloise qui conduit les Français à goûter le contre plébiscite, et préférer dire « merde » à l’interrogateur que répondre à la question posée, surtout lorsque l’occasion lui est donnée de le faire sans sanction palpable, la double présence dans notre pays, et lui seul en Europe, d’une extrême droite et d’une extrême gauche, qui, additionnées ont pu réunir près d’un tiers des suffrages, le gaucho-lepénisme de quelques âmes perdues, la haine des élites, pas toujours injustifiée d’ailleurs, et encore, et surtout, la peur, la peur, la peur.

Un pays envahi par la peur faute qu’existent des dirigeants, un dirigeant qui sache montrer le chemin.
Où est le Jaurès ou le Blum, le de Gaulle ou le Mendès France, le Mitterrand ou le Delors d’aujourd’hui ?
…

Remontons plus loin encore, à la maladie génétique de l’arrogance française, qui nous frappe tous à des degrés divers, cette illusion gallicane selon laquelle nous pourrions avoir raison tout seuls, jadis Napoléon tout seul, sublimement contre les monarchies absolues, au début, puis, hélas, contre les peuples eux-mêmes, naguère de Gaulle, génialement en 1940 contre l’envahisseur nazi, puis trop souverainement au milieu des années soixante, bloquant l’Europe seul contre les 5 autres États fondateurs, aujourd’hui la gauche française toute seule contre toutes les gauches européennes, la France toute seule contre tous nos partenaires, la particularité française d’avoir subi, il y a une petite quarantaine d’années, la disparition de son Empire colonial sans jamais se l’expliquer, la sourde résistance d’un jacobinisme de droite et de gauche qui, cent cinquante ans durant, construisit la France mais désormais freine des quatre fers son adaptation au nouveau monde …
Je viens de mentionner une quinzaine d’araignées, nul doute qu’il en existe d’autres.

Arrêtons l’inventaire, trop déprimant à l’heure où il faut à l’inverse se réveiller et s’enthousiasmer pour éloigner ces invertébrés qui nous menacent du pire. Quel pire ?

J’en viens à la deuxième question.

Que se passera-t-il si la France dit non ?

Ne trichons pas avec les Français.
Disons-leur la vérité, au moins toute la part de vérité qui ne fait guère de doute.
Évitons et dénonçons les grandes mystifications, celles de certains défenseurs du « oui » comme celles de la plupart des encenseurs du « non ».

Écartons d’abord l’invention d’une apocalypse sans fondement.

L’Union européenne ne serait pas détruite.
La construction européenne ne serait pas anéantie.
Ni la France obligée de s’en séparer.
Dire « oui ou le chaos » est une sottise et un mensonge, une sottise parce qu’un mensonge.
Les Français le savent. Et de plus ce mensonge n’est pas de ceux, par ailleurs nombreux, qu’ils sont disposés à gober.
Démontons ensuite la confusion des scrutins.
Ce référendum n’est pas une contre présidentielle.
On veut parfois faire croire que le « non » chasserait Raffarin sûrement, Chirac peut-être.
Certains de nos compatriotes s’enivrent de cette illusion.
Ils veulent en 2005 se venger de 2002.
Je l’ai dit, je le répète, dites-le, répétez-le, si le « non » gagne, la Constitution européenne, on la perd, Chirac, on le garde.
Même un enfant sait qu’entre 2007 et 2005, il y a deux ans.

Dénonçons aussi le mythe du grand soir constituant, cette escroquerie qui veut faire croire à la crise salutaire.
Comme si Mesdames Laguiller et Buffet, Messieurs Emmanuelli et Fabius allaient à eux seuls, ou avec le seul concours de Messieurs Chevènement, Villiers et Le Pen refaire l’Europe.
Il ne faut vraiment rien connaître de l’Europe pour croire à cette fumisterie.
Ou alors, il faut une overdose incroyable de mauvaise foi.
Qui imagine vraiment que les chefs des gouvernements des autres pays de notre Europe s’enthousiasmeraient le 29 mai à 20 heures en célébrant un nouveau 14 juillet, voire la prise du Palais d’hiver.
Qu’ils appelleraient à l’élection d’une Assemblée européenne constituante pour fonder les États-Unis d’Europe ?
Nos grands bonimenteurs ne vont pas jusque-là, j’en conviens.
Du grand soir européen, ils nous concoctent une version soft :
la grande renégociation, la formation d’une nouvelle Convention, l’adoption d’un texte bien meilleur, les Britanniques et d’autres tout à coup convertis à l’harmonisation fiscale générale, la gauche suédoise ou danoise réclamant le SMIC européen uniforme et autres balivernes, les autres États membres tout à coup ralliés à l’abolition de la libre concurrence et au collectivisme…
Ces sornettes dénoncées, et il faut le faire, et je demande à chacun d’entre vous d’y réfléchir et de réagir, disons simplement ce que nous savons des très fâcheuses conséquences d’un « non » français.
J’en mentionnerai quatre pour conclure.
1. Toute constitution européenne serait enterrée pour des années.
Cette belle idée, qui vient de loin et qui va loin, ce vrai pas en avant, réclamé par le Mouvement européen depuis si longtemps, cette base nouvelle pour créer enfin une Communauté politique, une Europe politique, ce pourquoi tant d’entre vous se battent, ce à quoi j’ai consacré toute ma volonté et mon énergie depuis six ans, serait donc durablement rejeté.
2. La Constitution nous la perdons.
La IIIe partie sur les politiques et le fonctionnement de l’Union, nous la gardons. Plus précisément, les textes actuels, même pas améliorés.
Nous gardons pire que la Partie III.
La Partie III sans la clause sociale, sans la sauvegarde améliorée des services publics, sans le service diplomatique européen, sans un système européen commun d’asile, voté par le Parlement et contrôlé par la Cour donc respectueux des libertés, sans la base juridique pour l’action humanitaire et la création d’un service volontaire européen…
et je pourrais allonger la liste.
Une quarantaine de progrès, rien que dans la Partie III qui passent à la trappe si le « non » gagne.
Et à la trappe la Partie II, la Charte des droits, des années de combat.
Et à la trappe la Partie I, et les institutions renforcées.
Tout cela est compliqué, d’accord. Tout cela doit être expliqué et simplifié, d’accord.
Mais il est temps que chacun réfléchisse à ce qui se passerait en cas de victoire du non. Il est temps de garder sa passion mais de ne pas renoncer à la raison. Et il est temps qu’une fois cet effort accompli, ce chemin fait, vous preniez votre bâton de pèlerin et que vous alliez expliquer aux Français tout ce que la France perd, tout ce que l’Europe perd si le non gagne. Nous perdons donc la Constitution européenne pour ne garder que ce que les tenants du « non » dénoncent.
Et nous perdons aussi beaucoup plus.
3. Cinquante après l’échec de la Communauté Européenne de Défense, venue trop tôt dans une France encore anti-allemande, ce serait à nouveau la France qui dirait « non ».
Elle serait cette fois marginalisée. L’Allemagne dont les dirigeants hésitent parfois entre Londres et Paris ne regarderaient plus outre-Rhin mais outre-Manche. Dire « non » à la Constitution, ce n’est pas seulement abîmer l’Europe, c’est aussi abîmer la France.
4. L’Union continuerait.
Elle vivoterait.
Elle gérerait ses affaires, cahin-caha.
Elle ne se détruirait pas.
Elle stagnerait.
S’en féliciteraient les conservateurs britanniques et les liguards de Bossi, les catholiques intégristes de Pologne et les Vlaamistes racistes de Flandre.
Et avec eux, quelques nationalistes plus discrètement xénophobes.
Et, au-delà de notre Europe, M. Poutine et M. Bush s’en réjouiraient.
Les nouveaux capitalistes chinois aussi.
Autant de raisons d’empêcher ce funeste scénario de se réaliser. Et c’est possible, évidemment. Regardez les trois choses que nous disent les sondages.

1.Qu’aujourd’hui, la moitié des Français sont indécis. C’est à eux qu’il faut s’adresser.

2. Qu’aujourd’hui, un gros quart des Français voterait « non », et un trop petit quart « oui ».

3. Qu’aujourd’hui, une majorité de Français souhaite la victoire du « oui ». C’est dire si rien n’est cristallisé. C’est dire si rien n’est joué. Le rebond est possible à la seule condition que chacun d’entre nous s’en soucie, que chacun d’entre nous y mette la raison et la passion nécessaire, que chacun d’entre nous aille chercher les voix une à une, comme s’il s’agissait de sa propre élection.
On n’écoute plus guère les partis. Mais vous, on vous écoute.
Un par un.
En face à face.
Dans les cafés.
Dans nos familles.
Avec nos amis.
Sur nos lieux de travail.
Partout.
Tous les jours.
L’Europe mérite bien cet effort.
Jamais l’heure n’a été aussi décisive.
Il nous reste 50 jours pour convaincre.
À chacun d’entre nous de provoquer le sursaut.
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Publié dans esme

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U
Bonjour, merci pour ce blog et votre travail, je reviendrai !
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E
et bien je voterais oui, j'ai lu la constitution, et voter non, c'est de la belle regression... ok, frustration peut etre... a voir.
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G
Pourquoi voter non? <br /> <br /> C'est ce que j'explique sur mon blog.<br /> Pourtant j'ai toujours voté oui
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H
Me voilà encore plus convaincu du fait qu'il faut voter non.<br /> Tu n'as pas du lire la constitution, vu les contre vérités du texte, mais tout le monde n'a pas le temps de la lire, mais sans celà de quel droit on l'ouvre sur ce qu'on ne connait pas...
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E
il est vrai... mais c'est avec ce mac du boulo c'est portequoi que ca fait... arg...
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